1. Autorité c. Autoritarisme

c. Autoritarisme

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RESUME

Vers la fin des années soixante, notre civilisation semble avoir massivement basculé d'un autoritarisme destructeur pour la personnalité de l'enfant, à un laxisme déstructurant pour l'enfant.

La crainte n'est pas l'autorité et l'enfant repère avec beaucoup de finesse, les comportements incohérents ou injustes des adultes. C'est le cas lorsque l'adulte est sadique ou manque à sa parole. Dans ce cas, l'enfant peut craindre l'adulte, mais il ne le respecte pas et il n'y a pas de véritable autorité durable.

Vu la pagaille sociétale créée par le laxisme, certains y voient prétexte pour un retour massif du répressif. Ceux-là même qui, par idéologie de liberté naturelle, ont prôné l'anti-autoritarisme (le laxisme), semblent bien malgré eux contribuer à son retour.



ARTICLE

Avant

Avant mai 1968, c'est-à-dire avant la pilule contraceptive, avant l'avortement, avant l'accouchement sans douleur, avant la fin des famines et des guerres en Europe, avant la massification de l'enseignement, la plupart des enfants étaient traités avec bien peu d'égards.

On m'a mis à Mettray (en 1925, alors qu'il avait 15 ans) parce que j'ai pris le train sans billet et j'ai été condamné à trois mois de prison et à la colonie pénitentiaire de Mettray jusqu'à ving ans.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006, citant Jean Genet

Ces "colonies pénitentiaires" sont en général des prisons de travaux forcés agricoles, friandes d'une main d'oeuvre taillable et corvéable à merci.

J'appartiens à une génération qui est descendue dans la rue pour réclamer plus de liberté d'expression. C'est que nous vivions dans une société de censure, où tante Yvonne tenait les ciseaux d'Anastasie, où Jean-Jacques Pauvert risquait la prison à chaque nouveau livre, où la pilule était taboue et l'avortement interdit, et où l'homosexualité était passible des tribunaux. Les années 1960 n'avaient rien de tendre.

Une école sous influence - Tartuffe-roi – Jean-Paul Brighelli – 2006

La crainte plutôt que l'autorité

L'autoritarisme est une mauvaise alternative au laxisme, qui ne trompe pas l'élève:

Le respect par l'enseignant de l'interdit d'exercer des violences psychiques ou physique à l'égard des élèves est bien un critère de légitimation d'un "faire autorité" éducatif, que les élèves identifient sans équivoque.

Autorité éducative dans la classe - Douze situations pour apprendre à l'exercer – Bruno Robbes – 2010

Donc, la violence d'un enseignant envers ses élèves est ressentie comme "injuste" et tue le respect que l'élève aurait pu avoir pour cet enseignant. Sans respect, pas d'autorité durable. La crainte ne peut durablement remplacer le respect.

Sans cette écoute et cette intelligence de l'acte, une sanction quelle qu'elle soit, et même si on la dit "éducative", n'a pas plus de sens pour un enfant que les coups dont les enseignants autrefois martelaient les doigts de leurs élèves. Persuadés que le respect du règlement se trouvant au bout de leur règle comme la victoire au bout du fusil, ils allaient de cette façon s'imposer, de façon définitive, dans la tête de leurs ouailles.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

Nul ne peut donc prétendre éduquer sans douleur. Mais les douleurs dont nous parlons, il faut que les parents le comprennent, ne sont en rien comparables aux brimades absurdes et destructrices qu infligent aux enfants les adultes qui usent (et abusent) de leur pouvoir pour leur imposer leur propre loi, leurs règlements imbéciles, leur bon plaisir ou leur sadisme.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

L'autoritarisme donne comme modèle à l'élève que la seule façon de résoudre les problèmes est la loi du plus fort, le recours à la violence (physique ou psychique). C'est un acte non éducatif.

De l'autoritarisme au laxisme

Au début du XXe siècle, Freud a constaté les dégâts que pouvait occasionner une éducation autoritaire. Selon lui, le sentiment de culpabilité, source de haine de soi et de nombreuses névroses, provient d'une discipline religieuse trop stricte, trop ascétique, ou encore d'une morale laïque fondée sur le mérite et beaucoup trop contraignante. Pour éviter de tels traumatismes, on passa d'un extrême à l'autre. On inventa un nouveau mode d'éducation fondé sur l'élève, son rythme, l'expression non réprimée et sans retenue de ses désirs, l'absence de discipline et d'autorité. Ne pas traumatiser l'enfant: tel fut le mot d'ordre de la nouvelle philosophie éducative.

La débâcle de l'école - Une tragédie incomprise – collectif – 2007, Bertrand Vergely

Alors, notre monde a basculé de manière "progressiste", contre "l'ordre" passé. Mais plutôt que d'atténuer l'autoritarisme pour arriver à un équilibre éducatif sain, on a supprimé l'autorité.

Les parents ont souvent du mal à différencier les souffrances légitimes – et indispensables – qu'ils doivent, pour l'éduquer, imposer (comme tous les parents) à leur enfant; et celles, injustes, que leur ont autrefois infligées les adultes névrosés de leur enfance. Et ils ont d'autant plus de mal à faire cette distinction que leurs enfants ne les y aident guère. Ceux-ci en effet, sentant leur hésitations, ne se font pas faute d'en jouer.

Il n'est pas rare qu'ils s'emploient en pareil cas, et certains avec un véritable génie, à donner à leur géniteurs le spectacle même du désespoir dans lequel ceux-ci redoutent (parce qu'il fut jadis le leur) de les avoir plongés...

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

Du laxisme à la répression

Pendant que de nombreux enseignants répugnent à exercer leur autorité, d'autres (moins nombreux), répugnent à la médiation et mettraient bien ces élèves "indignes d'être enseignés par eux" dans des casernes. Ces deux excès (laxisme et "anti-relationnel") tuent l'autorité éducative à l'école.

L'éducation n'ayant plus droit qu'à la portion congrue et, du fait de la prohibition des sanctions, étant souvent réduite à du "bla-bla-bla", il est facile aux partisans du "tout répressif" de dire, lorsque la délinquance augmente, que le temps est venu d'en finir avec l'éducatif. Et qu'il conviendrait maintenant dépasser aux choses sérieuses... c'est-à-dire aux sanctions.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

Peut-on dire que dans leurs excès, les gaucho-laxistes bien pensants aident les fachos à ouvrir des prisons? Oui, sans aucun doute. Heureusement, il n'y a pas actuellement trop de fachos en Fédération Wallonie-Bruxelles pour en profiter!