1. Autorité b. Causes de l'indiscipline

b. Causes de l'indiscipline







bons exemples
RESUME

La cause principale de l'indiscipline est le laxisme auquel l'enfant est confronté. La cause principale de ce laxisme est une réaction excessive contre l'autoritarisme d'antan et le besoin d'être un gentil parent ou un gentil professeur. Il est plus facile à notre époque d'être le gentil que celui qui éduque.

Tout ce qui divise les adultes morcelle leur l'autorité face à l'enfant. Par exemple, une attitude d'usager, de client, de la part du parent, ou simplement un non investissement du parent dans la scolarité, peut l'empêcher de faire bloc avec le corps enseignant. L'enseignant est généralement le seul adulte dans sa salle de cours et une même classe d'élèves est confrontée, au secondaire, à une multitude d'enseignants qui n'appliquent pas "le même tarif". De plus, certains directeurs soutiennent fort peu les équipes. Un jeune enseignant culpabilise vite du chahut dans sa classe, surtout si ses formateurs lui ont bien dit de ne pas sanctionner.

L'échec scolaire est aussi générateur d'indiscipline. L'élève faible se compare facilement aux autres et en vient à se questionner sur sa valeur. Pour ne pas être déçu de la réponse, il rabaisse les autres pour se sentir plus fort. Une mauvaise ambiance familiale (divorce conflictuel, inceste, mode survie, etc.) peut également rendre un élève violent.

D'autres causes s'ajoutent, telles que des problèmes médicaux (TDHA) ou la télévision. De manière plus générale, notre société devenue individualiste se soucie moins (du bien) d'autrui, et tend plutôt à satisfaire le plaisir immédiat, pulsionnel et consumériste. Cela n'engage pas à la réflexion, à la patience, ni à la conciliation.

Ajoutons à cela l'ennui en classe, par exemple des extrêmes (les plus forts et les plus faibles) dans une classe hétérogène, ou par exemple face à un enseignant médiocre. De manière générale, toutes les causes de démotivation scolaire sont des sources d'indiscipline.



ARTICLE

Les causes de l'indiscipline sont nombreuses, mais logiques, comme le montre la vidéo-diagramme liée à cet article.

Disons-le d'emblée, la cause principale de l'indiscipline est le laxisme, qui mérite des articles dédiés (définition, conséquences, causes). En résumé, les innombrables témoignages du terrain et les analyses des spécialistes (psychiatres, pédagogues, etc.) convergent pour dire que le vide éducatif contemporain, le manque de cadrage, entraîne une grande détresse et un comportement déviant de la part de l'enfant/adolescent. La cause principale de ce laxisme est une sorte de miséricorde qui vise le plaisir immédiat de l'enfant plutôt que sa santé mentale équilibrée à long terme.

Les causes de l'indiscipline peuvent être structurées comme suit:

Voyons comment nos contemporains identifient les causes de l'indiscipline. D'autres articles approfondissent chaque cause.

Roland Coenen qui a encadré pendant trente ans des adolescents à risques voit trois raisons sociétales à la violence scolaire. Il y a tout d’abord une vraie crise de la discipline et de l’autorité, la génération post 68 a vivement contesté toute forme de paternalisme à l’ancienne et valorisé l’épanouissement des personnalités (l’enseignement rénové et les mathématiques modernes en sont le résultat). Malheureusement cet idéalisme est de plus en plus difficile à mettre en œuvre en ces temps de récession économique. Il y a d’autre part l’arrivée massive d’enfants de l’émigration économique. Ce type d’émigration déporte en premier lieu les classes les plus pauvres et les moins lettrées, à l’inverse des émigrations de type politique.
[...] Et pour finir, il dénonce le manque de moyens dévolus à l’enseignement. En effet, face à tous ces nouveaux défis, un enseignant ne peut plus valablement encadrer 30 élèves. La méthode « 30,1,1 » ( 30 élèves, 1 enseignant et 1 tableau noir) reposant uniquement sur les deux axes traditionnels que sont précisément la discipline et la collaboration des parents ne peut tenir dans les environnements complexes.
[...] Toutes les études concordent pour dire que la manière dont l’enfant perçoit l’école sera cruciale et aura très certainement un impact sur son comportement. [...] L’effet-classe apparaît nettement plus fort que l’effet-établissement.
[...] Il a également été observé dans plusieurs études que le fait de banaliser la violence, de n’avoir pas de normes très claires par rapport aux comportements agressifs rend les élèves encore plus violents.

Commentons d'emblée que l'enseignement ne manque pas d'argent (même s'il est mal réparti) et que le nombre d'élèves dans la classe n'est un problème que dans l'organisation actuelle de l'école où les perturbateurs sont invités à suivre le cours de math. L'enseignant moyen (normal) ne peut pas simultanément enseigner les maths et reconditionner à la vie scolaire trente ados qui complotent.

Pour expliquer ces difficultés des professeurs à se faire obéir, l'ensemble des sondés évoquent prioritairement les classes surchargées. Un argument peu crédible pour Isabelle de Nanteuil: "L'autorité n'a rien à voir avec le nombre d'élèves présents dans la salle, mais est fonction de la personnalité de l'enseignant, de son positionnement. Sa capacité à se faire obéir sera la même face à un ou trente-six enfants."

Selon Durkheim (1979), le moment critique de la formation du caractère moral se situe au cours de la seconde enfance, qui correspond à la période de la scolarité primaire. C'est donc à l'âge de l'école primaire que l'on doit donner de bonnes habitudes aux enfants en les disciplinant. Après cette période, si les bases de la morale ne sont pas construites, elles ne le seront jamais. L'éducation morale donnée au foyer ne peut à elle seule permettre d'acquérir une discipline scolaire, c'est-à-dire une discipline collective. L'esprit de discipline, c'est "la modération des désirs et la maîtrise de soi". "Une classe indisciplinée est comme une foule".

Il se produit alors des phénomènes de foule dans la classe, comme dans toute collectivité abandonnée à ses réactions les plus primitives. L'individu perd sa singularité, et se confond avec le groupe déchaîné dans une fusion émotionnelle.

La débâcle de l'école - Une tragédie incomprise – collectif – 2007, Liliane Lurçat

On ne souligne pas assez que la violence qui se répand est pour une part la conséquence de ce manque de limites durant la petite enfance.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Comme expliqué dans l'article sur la motivation, l'indiscipline de beaucoup d'élèves vient de leur besoin de soumettre les autres (camarades et enseignants) pour se sentir en sécurité, vu qu'ils sont dans une motivation d'addiction.

Tous ceux qui travaillent dans l'éducatif savent que celui qui "roule des mécaniques" peut aussitôt après fondre en larmes. Hors du groupe de pairs ou de la domination territoriale, les provocateurs se dégonflent. A côté des défis les plus violents, il y a souvent un abîme de vulnérabilité. La jouissance de la puissance va de pair avec le désarroi de l'impuissance.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

Avant les années 1970 (avant qu'il ne soit devenu interdit d'interdire), aller à l'école était une chance incroyable d'échapper aux corvées des champs ou de la mine. Les enseignants étaient respectés, sans avoir besoin d'être violents ni autoritaires. Actuellement, pour ceux qui ont le plus besoin de l'école, l'alternative est la TV et la console de jeux.

Des études ont démontré que lorsqu'un enfant regarde un programme agressif ou violent pendant une heure, le risque de comportement agressif est multiplié par quatre. La violence à la télé ou via les jeux vidéo a trois effets: l'invitation à être violents, la banalisation de la violence et, en troisième lieu, la perception du monde comme étant violent.

Le Vif-Weekend n°3 - 2012

Ce point est développé dans l'article sur la télévision.

Voici une bonne synthèse des causes de l'indiscipline.

  • Les pratiques habituelles pour gérer ces situations (mesures prises en classe, réunions d'équipes pluridisciplinaires, réseaux, etc.) sont lentes et pas forcément efficaces. L'intervention de nombreux spécialistes conduit à une "psychologisation" de la prise en charge des élèves difficiles au détriment d'une action d'abord cadrante des enseignants;
  • Les informations entre les enseignants et les spécialistes qui interviennent en marge de l'école circulent souvent à sens unique. Les enseignants disent "informer et ne rien recevoir en retour". [...];
  • Les transmissions d'informations utiles lors des changements de cycle ou d'année sont insuffisantes ou parfois même inexistantes. De nombreux enseignants pensent que la peur de coller des étiquettes sur certains enfants est une "fausse bonne idée" qui ne favorise pas le suivi des situations et la prise de mesures adéquates et rapides;
  • La répartition des tâches entre enseignants et directions n'est pas toujours claire. Certains enseignants prennent sur eux des tâches qui ne sont pas de leur ressort et tardent à transmettre des demandes de suivi avec des dossiers solidement étayés à leur direction. Ils se plaignent de ne pas être assez soutenus;
  • De nombreux enseignants ont tendance à attribuer les comportements problématiques des élèves à des difficultés extrascolaires, principalement familiales. Comme ils pensent que les causes des problèmes se situent en dehors de l'école, ils attendent aussi que les solutions viennent de "l'extérieur" (parents, direction, spécialistes), au lieu de se déterminer à agir eux-mêmes dans le cadre de leur classe. Cette croyance causaliste est démobilisante et contribue à la persistance ou même à l'aggravation des problèmes. Certains enseignants en viennent à considérer qu'ils sont impuissants à agir;
  • Les enseignants ne prennent la plupart du temps pas la peine d'écarter d'abord l'hypothèse éducative, c'est-à-dire observer si l'enfant réagit à un recadrage effectué en classe;
  • Les enseignants sont régulièrement peu soutenus et parfois même critiqués par les parents des enfants qui posent problème;
  • Les enseignants et les directions d'établissement rencontrent de grandes difficultés à impliquer les parents et à les amener à accepter de prendre les mesures nécessaires pour apporter une aide aux enfants les plus perturbés, qui souffrent par exemple d'hyperactivité, de troubles affectifs ou de troubles du comportement;
  • Ces situations engendrent découragement, fatigue, usure et conduisent finalement à un désinvestissement des enseignants.
Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Parmi les raisons qui expliquent pourquoi les situations d'enseignement deviennent plus difficiles, une gestion de classe trop peu cadrante, voire un peu laxiste, occupe une bonne place actuellement. Un certain nombre de cas difficiles ne sont rien d'autre que des classes dans lesquelles les enseignants ont laissé les situations se détériorer. [...] C'est assez souvent cette escalade dans l'évolution des bavardages qui explique pourquoi certaines classes deviennent ingérables au bout de quelques mois et pourquoi l'enseignant s'épuise.
Pourquoi est-il difficile de réagir? Tout d'abord, parce que cette évolution commence de manière quasi imperceptible et qu'au moment où l'enseignant s'en rend compte, elle est déjà assez généralisée, si bien qu'il n'est plus très simple d'intervenir. Il est également difficile de réagir car pour stopper l'escalade, il serait nécessaire de rappeler les règles et ensuite de sanctionner sans hésiter les bavards. Or sanctionner n'est pas une compétence très développée chez les enseignants.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Confrontés à d'importantes difficultés pour pouvoir simplement exercer leur métier, de nombreux enseignants finissent par ne plus éprouver de plaisir à enseigner, se disent fatigués, impuissants à résoudre les problèmes de discipline, sont découragés ou parfois même dégoûtés par leurs élèves.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Les classes difficiles dans lesquelles l'enseignant dégoûté se rend le sentent, et apprécient donc moins ce professeur. Le cercle vicieux est en place.