1. Autorité f. Causes du laxisme

f. Causes du laxisme

RESUME

A partir de l'après seconde guerre mondiale, le sort des enfants s'est progressivement et considérablement adoucit dans notre civilisation occidentale. Grâce à la pilule contraceptive, à l'accouchement sans douleur, à la baisse des mariages forcés, etc. les enfants sont devenus désirés et le rapport de force s'est inversé: les parents doivent gagner l'amour de leurs enfants.

Un adulte fragile qui a peur de ne pas être aimé se résigne à ne pas frustrer l'enfant (voir notre définition du laxisme). Il baisse les exigences éducatives en échange d'affection (ou simplement de non-conflit) à court terme.

La publicité, l'incitation à frénétiquement désirer consommer toujours plus, n'aide pas les adultes à poser clairement les limites.

On a laissé croire qu'il suffisait d'aimer un enfant pour qu'il grandisse harmonieusement. Or, l'enfant qui est persuadé de l’inconditionnalité de l'amour parental a une limite en moins. Chez beaucoup de parents l'affection a remplacé l'éducation, alors que l'amour réfléchi vise au contraire à rendre l'enfant autonome.

Des parents peu présents offrent aussi moins d'occasion de renforcer le cadre.

Les adolescents sont très majoritairement en demande de plus d'autorité.

Certains professionnels (parmi des formateurs d'enseignants, psychologues) ont contribué à faire croire que sanctionner est mal, parce que l'enfant serait intrinsèquement bon. Cette déviance est en grande partie une réaction à l'autoritarisme nuisible d'antan, basculant d'un extrême à l'autre.

Le quasi-marché scolaire où le directeur a peur de perdre des "clients" est une autre cause de laxisme. On peut aussi noter une tendance à "donner" des diplômes par miséricorde envers les plus démunis, contribuant ainsi (par contagion) au relâchement généralisé des exigences et des efforts.

Beaucoup d'enseignants ont peur de sanctionner, parce qu'ils pensent que si leur public n'est pas captivé, c'est qu'ils sont incompétents. Ils ont d'autant plus honte/peur d'en parler à leurs collègues que c'est un métier solitaire. Comme leur formateur leur a dit que sanctionner est mal (et qu'ils n'ont pas encore découvert le contraire par la pratique), les jeunes enseignants menacent beaucoup (contre-productif), sanctionnent mal et finissent par conclure que sanctionner ne sert à rien. Les recours et autre judiciarisation contre les décisions des enseignants fragilisent leur autorité. Finalement, le savoir étant partout (internet), et non plus prioritairement chez l'enseignant, où est la légitimité de ce dernier?



ARTICLE

Société

Nous l’avons oublié, mais les historiens nous rappellent qu’avant 1950 la majorité des enfants n’étaient pas désirés (pas le bon moment, pas le bon nombre, pas le bon partenaire, mariages forcés, accouchement douloureux et risqué, etc.). Les enfants mendiaient l’amour parental. La pédophilie n’aurait pas suscité de marche blanche.
La pilule contraceptive a tout changé. Maintenant la plupart des enfants sont désirés, choisis, aimés. L’enfant est sacralisé et il le sent. Il est en position de force, l’amour lui est acquis. La balance s’est inversée: c’est le parent qui s’active durement pour obtenir des marques d’affection. Cela pousse trop de parents à ne plus sanctionner, donc ne plus éduquer. Ces enfants-rois dévastent l’école si elle ne les détrône pas, si elle ne les met pas dans un cadre solide.

Ce n'est plus nous qui faisons le bonheur de nos enfants, ce sont nos enfants qui font notre bonheur. On accuse à tort les pédagogues d'avoir prôné l'enfant-roi, alors que c'est un phénomène contraceptif.

La pédagogie: plus nécessaire que jamais! – Philippe Meirieu – 2010

Lorsqu'un parent a peur d'être rejeté, il cède sur les exigences éducatives. Alors quand la pub s'en mêle...

Notre société occidentale est marquée par une réalité tellement évidente que, [...] nul ne la voit plus: la quasi-totalité des enfants naissant aujourd'hui sont des enfants désirés. Et voila qui change tout! L'enfant désiré vient au monde pour faire le bonheur de sa famille. Or, traditionnellement, c'était l'inverse: la famille faisait - ou était supposée faire - le bonheur de l'enfant. [...] Et plus déterminant encore, c'est la satisfaction de l'enfant qui fait le "bon parent". Puisqu'il faut être aimé à tout prix par ses enfants, on est prêt à lâcher sur la plupart des exigences éducatives et, même, à s'engager dans une surenchère pour être celui ou celle qui bénéficiera de plus d'affection... Et ce phénomène est démultiplié à l'infini par le réseau publicitaire, déployé jusqu'au plus intime de notre univers qui fait de la pulsion d'achat, de la frénésie consommatoire et du caprice mondialisé, le moteur de notre développement économique.

Un pédagogue dans la Cité - Conversation avec Luc Cédelle – Philippe Meirieu – 2012

Outre le fait d'être désiré, les enfants sont dans un mode de sur-consommation. On ne veut pas ce dont on a besoin. On veut plus, plus qu'avant, plus que le voisin.

Notre société a érigé le caprice en mode de fonctionnement universel.

L'enfant est au centre de cette sur-consommation (matérielle et affective).

L'ère de "l'enfant au poids" est en cours. Consommateur ou consommé, l'enfant fétiche est le nouveau produit de notre civilisation.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006, citant Françoise Dolto

Sur-consommation affective? Comment peut-on aimer "de trop"?

On semble considérer que cet amour supposé toujours là serait également à l'instar sans doute du lait maternel toujours bon pour l'enfant. [...] Comme s'il était, dans ce domaine plus encore que dans d'autres, particulièrement malvenu d'interroger les sentiments.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

L'auteur propose ensuite une définition de l'amour parental sain:

Aimer un enfant, c'est faire en sorte de lui être, au fil des jours, de moins en moins indispensable.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

Car le laxisme, ce n'est pas de l'amour. On ne peut pas être laxiste par amour; on ne peut l'être que par lâcheté. L'adulte n'est pas laxiste parce qu'il aime; il est laxiste quand il a peur qu'on ne l'aime pas.

"Comment? Vous osez mettre en doute la nécessité de l'amour pour un enfant?"

Le débat s'en trouve compliqué d'autant et l'on peut le déplorer, car la croyance en l'amour comme nourriture essentielle de l'enfant n'est pas seulement repérable au niveau individuel. Elle a gagné toute la société. L'amour est devenu le repère majeur pour tout ce qui concerne les relation parents-enfants. [...]

On peut s'en étonner. Car poser qu'un enfant s'élève "à l'amour" constitue un formidable retour en arrière. Un extraordinaire recul par rapport à toutes les connaissances sur l'enfant qu'a apportées notamment un siècle de pratique de la psychanalyse.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

Les enfants eux-mêmes ne s'y trompent pas. Quand ils grandissent et qu'ils deviennent plus lucides sur leur environnement, ils ne demandent pas, pour la majorité d'entre eux, plus d'amour. Que demandent-ils?

A l'école et à la maison, les ados veulent plus d'autorité. C'est ce qui ressort d'un sondage qui casse les clichés. [...] Loin d'être en lutte contre l'autorité, 79 % des jeunes évoquent un sentiment positif à son égard (alors que seuls 66 % des parents ont fait la même réponse). Et plus inattendu encore, ils sont plus de 6 sur 10 à juger cette autorité insuffisante que ce soit dans la sphère privée comme à l'école. [...] 82% des parents d'enfants scolarisés déclarent que l'autorité fait défaut aux autres parents comme aux enseignants. "Les parents viennent de plus en plus tôt pour me consulter au sujet d'un enfant de 3 ou 4 ans qui leur tient tête en serinant c'est moi qui décide", souligne Etty Buzyn. Aujourd'hui, les enfants sont mis sur un piédestal. Les parents qui sont pour la plupart issus de la génération Mai-68 sont beaucoup plus permissifs. Avant on imposait, maintenant, on propose.

Si le bon sens le demande, si les ados le demandent, pourquoi parents et enseignants ne font-ils pas plus preuve d'autorité? Qui va dire aux adultes d'être plus autoritaires? Les publicitaires? Les pédago-idéologues du mou?

Voici ce que conseille un livre à l'attention des parents, qui illustre sa couverture par un enfant en plein caprice. Vers la fin du livre, un dessin montre un jeune enfant attablé qui fait tomber son gobelet par terre. Réaction (recommandée par l'ouvrage) de la maman:

Oh! Le verre est par terre, il nous faut une éponge, il y en a une sur l'évier.

J'ai tout essayé! - Opposition, pleurs et crises de rage: traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans – Isabille Filliozat et Anouk Dubois – 2011

Pas mal. Cette approche est sympathique si l'enfant ne l'a pas fait exprès.
Et si lui proposer de nettoyer ne marche pas? Si l'enfant cherche à se rassurer en testant les limites du cadre? Rencontre-t-il ce cadre? Les mamans savent bien qu'à ces mots, tous les enfants ne vont pas se précipiter pour réparer les dégâts. Faire croire le contraire, c'est obliger ces mères à porter un masque souriant (et très malsain, l'enfant n'est pas dupe) de "bonne mère", façon film américain des années 1960. C'est aussi culpabiliser ces mères de ne pas y arriver. C'est pourtant ce que fait le livre qui sous-entend lourdement dans la suite du texte que l'enfant est bon et qu'il n'est certainement pas occupé à établir un rapport de force.
Si seulement on avait plutôt dit à ces mères: "Votre enfant vous nargue? C'est qu'il cherche la limite. Donnez-la lui clairement (et calmement, en expliquant et en sanctionnant) si vous ne voulez pas qu'il continue à chercher."

Donc, s'il ne sert à rien de gifler du tac au tac un enfant de 4 ans qui jette son gobelet par terre (autoritarisme), il peut être utile (selon la situation) de le lui rappeler une demi-heure plus tard, lorsqu'il sollicitera son dessert. Au besoin, s'il insiste pour son dessert (probablement en hurlant), le rassurer en lui montrant qui commande (c'est-à-dire en le laissant hurler sans dessert, quitte à l'isoler le temps qu'il se calme). Pour lui, c'est frustrant à court terme, mais à moyen terme c'est très rassurant. Il ne doit surtout pas obtenir son dessert ce jour-là. Votre but doit être qu'il n'ait aucun doute sur votre solidité, et donc n'essaie plus de l'éprouver, et donc ne soit plus sanctionné.

Le parent qui met des limites à son enfant par exemple ne peut le faire sans provoquer chez ce dernier de la souffrance. Souffrance d'autant plus grande que, en général, l'enfant (du moins tant qu'il n'a pas compris l'intérêt de la chose) assimile la fermeté de son père ou de sa mère à une marque de non-amour. Il n'est donc pas, à ce moment-là, "heureux", et le parent ne l'est pas davantage, qui doit, face à lui, "tenir bon" et supporter le spectacle d'une douleur qu'il sait inévitable.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

La confusion entre amour et éducation n'est pas le seul facteur de laxisme. Certaines directions d'établissements n'osent pas trop contrarier les élèves et leurs parents par peur de perdre des élèves dans notre marché scolaire. Ils ont tort. Ils devraient serrer la vis et laisser les mécontents partir le plus loin possible de leur établissement, quitte à perdre quelques postes. Quand bien même leur école n'aurait plus aucun élève, où serait le problème? Les élèves ne disparaîtront pas du pays et les enseignants trouveront une place dans l'école laxiste d'à-côté. Quand chaque école sera plus exigeante, direction et enseignants formant un bloc, les récalcitrants n'auront d'autre choix que de demander d'y revenir, faute d'école laxiste.

Il faut aussi noter une certaine compassion à l'égard de jeunes issus de familles tourmentées. L'enseignant qui a pitié d'eux, aurait tendance à "laisser passer" des mauvaises actions ou des examens, se disant que cela compensera en bonheur, une part du malheur familial.

Il n'est pas question, pour moi, de nier l'existence de la déviance, ni même de nouvelles formes de déviance, au prétexte que leurs auteurs seraient victimes d'une injustice sociale. Il n'est pas question non plus de faire de cette injustice réelle une "excuse sociologique" qui, parfois, s'apparente à la formulation d'un droit à la délinquance.

Un pédagogue dans la Cité - Conversation avec Luc Cédelle – Philippe Meirieu – 2012

S'il est clair que la société a promu le laxisme, elle n'est pas restée sans réaction et on peut observer ci et là des prises de conscience de plus en plus audibles.

La faute aux parents pour commencer et au culte des enfants rois. Les parents comptent trop sur la société pour faire le boulot à leur place et n'éduquent plus leurs gosses. Plus de respect de la hiérarchie puisque le gosse a tous les droits. Si un prof punit un élève, les parents viennent le frapper. Il faudrait instaurer le respect, l'éducation, les bonnes manières, le civisme dès la maternelle, puis les primaires. Expliquer aux parents que ce sera comme ça et pas autrement et qu'ils doivent participer à l'éducation de leurs gosses. Mais si on ne peut plus les punir, qu'ils passent en ratant, etc..

Notons que l'un ou l'autre mot ci-dessus, tel que "hiérarchie" ou "punir", pourraient presque faire partie de notre dictionnaire des non-mots.

La peur de sanctionner

Nous avons vu pourquoi notre société contemporaine est laxiste envers les enfants. Essayons de comprendre plus précisément ce qui empêche un adulte de sanctionner, alors que parfois, il le voudrait bien.

Face à la manifestation naturelle de volonté de toute-puissance du petit enfant, un bon nombre de parents n'arrivent plus actuellement à dire un non clair et ferme, pour diverses raisons: peur de faire souffrir l'enfant, peur de ne plus être aimés ou d'être perçus comme non-aimants, peur des conflits, parce qu'ils ne supportent pas d'entendre l'enfant pleurer ou parce qu'ils sont tout simplement trop fatigués pour réagir.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Certains parents ne sanctionnent pas. Certains enseignants non plus, mais pour des raisons différentes.

Le fait de sanctionner pose en général beaucoup de problèmes aux enseignants, comme d'ailleurs aux parents. Dans leurs classes, les enseignants expliquent les règles, les construisent même avec leurs élèves. Ils font des remarques et si elles ne sont pas respectées, avertissent, menacent de punir, se fâchent de temps en temps, font la morale aux élèves, mais au bout du compte ont de la peine à les sanctionner de manière déterminée, cohérente et dissuasive.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Ces hésitations sont causées par:

  • Sanctionner est vécu par certains enseignants comme un échec éducatif, un signe d'incompétence (l'enseignant vraiment pédagogue et intéressant n'aurait pas besoin de sanctionner, tout comme un artiste fabuleux qui captive son public).
  • D'où une crise de confiance en soi de l'enseignant qui doute (s'ils sont difficiles, c'est que je ne suis pas assez bon).
    Maintenant que j'ai vécu cette expérience de recadrage avec ma classe, je me rends compte qu'il s'agit surtout de se faire confiance et de croire à ce que l'on dit pour que cela marche. L'essentiel, c'est d'être déterminé..
    En tant que prof, si tu doutes de toi, l'élève te tue le premier jour.
    une enseignante du secondaire
  • Un léger laisser faire (bavardage, bruit) menant insidieusement vers l'escalade.
  • Un découragement du fait que les sanctions molles ou tardives ne fonctionnent pas.
  • La peur de ne plus être aimé des élèves (infondée, puisque les enseignants les plus appréciés instaurent d'abord un climat de sécurité et de travail).
  • La confusion (l'association) entre sanction éducative et punition sadique.
  • Le manque d'expérience dans l'art de la sanction de l'enseignant qui ne sait pas comment faire.

Dans la grande majorité des cas, ce n'est pas le manque ou l'inefficacité des sanctions qui pose problème, mais bien les avertissements et menaces non suivis d'effet.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Donc, l'enseignant qui sanctionne peu et/ou mal, aboie généralement beaucoup.

Les professeurs sont méchants et passent leur temps à menacer.

L’Egalité des Chances à l’Ecole? Voilà ce qu’ils en pensent – Unicef Belgique – 2012, citant un élève

Ce n'est ni bien vu par les enfants (donc, ne le faites pas par idéologie, ni pour l'amour), ni efficace.

Les tonneaux vides font beaucoup de bruits; ainsi, le tigre ne proclamera pas sa tigritude, il se jettera sur sa proie.

Pourtant certains livres éducatifs disent le contraire, ce qui n'aide personne...

Si les punitions éduquaient, il y a belle lurette que l'espèce humaine ne commettrait plus de crimes.

J'ai tout essayé! - Opposition, pleurs et crises de rage: traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans – Isabille Filliozat et Anouk Dubois – 2011

Ne cherchez pas de sens caché à cette phrase, car la suite du texte dans le livre ne permet aucun doute: les auteurs font une longue (et exceptionnelle dans leur ouvrage) énumération pour justifier que la punition serait contre-productive. Elles (les auteurs) ne s'avancent pas dans un subtil débat distinguant punition et sanction éducative. Non, pour elles, la punition, c'est mal! Quelques pages plus loin, il en va de même pour la fessée. La fin du livre insiste finalement sur l'amour. L'aspect dangereux de cet exemple est qu'il est inclus dans un excellent livre remplis de bons conseils, qui semblent légitimer les auteurs avant cette ouverture vers la permissivité. Après avoir lu ce livre, un parent pourrait se dire: "finalement, je ne devrais pas sanctionner, priver de télévision, priver de sortie ou supprimer l'argent de poche; faisons appel au bon sens de l'enfant et à l'amour, alors tout s'arrangera".

Oui, il faut solliciter le raisonnement de l'enfant. Non, cela n'est pas suffisant.

Certains parents et, ce qui est encore plus inquiétant, certains professionnels plus prisonniers encore de ce piège en arrivent même à diaboliser par avance toute idée de sanction, allant jusqu'à présenter, ce n'est pas rare, comme un acte forcément maltraitant.

Nombre de magistrats d'ailleurs – de ceux pourtant dont la carrière et les engagements sont tels que nul n'oserait les taxer d'autoritarisme – le déplorent: "Pourquoi actuellement est-il devenu strictement impossible de parler d'une gifle donnée par un père ou une mère à un de ses enfants sans que cela soit considéré comme un mauvais traitement?"

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006, citant partiellement Philippe Chaillou

Les parents sont terriblement culpabilisés, et doutent d'eux-mêmes. Comment l'enfant peut alors ne pas douter de ses parents?

C'est plus fort que moi, chaque fois que j'exige quelque chose de lui, je me demande de quel droit je fais ça...

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006, citant un parent

Alors que la question utile, mais émotionnellement difficile est: "de quel droit je ne le fais pas?"

Absence de référence

Une autre source de laxisme se situe moins dans la permissivité que dans l'absence. Une famille très nombreuse, dont les deux parents travaillent et organisée de telle manière que les enfants sont souvent livrés à eux-mêmes, offre moins d'occasion de mettre un cadre. Cela peut aussi être le cas dans une famille riche avec des parents carriéristes très peu présents.

Quand les enseignants présentent des situations d'élèves difficiles, ils évoquent très souvent des difficultés familiales pour expliquer l'origine des problèmes de l'enfant: absence ou démission du père et/ou de la mère; fragilisation ou éclatement des liens familiaux (parents séparés, divorcés, familles recomposées); déficiences éducatives car les parents ne tiennent plus suffisamment leur rôle de parents; manque de limites et d'interdits dans les attitudes éducatives; incapacité des enfants à supporter la frustration; confusion des rôles, l'enfant prenant la place des adultes; manque de valeurs et de repères, etc.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Quand les enseignants ne sont plus confiants

Outre la société, la confusion entre amour et éducation, et la peur de sanctionner, on peut distinguer une autre cause de laxisme: la crise de confiance des enseignants.

Le danger identitaire est celui de la perte de l’autorité. Si je suis un prof chahuté, c’est que je n’ai pas réussi à imposer mon autorité. Autrement dit, je ne sais pas me faire respecter en tant que prof, je ne suis rien. Autant changer de métier, puisque je ne pourrai jamais faire passer mon message de transfert de connaissances. Mais plus profondément je suis détruit en tant que sujet, en tant qu’être humain.

Comment un enseignant peut-il se convaincre qu'il a raison de sanctionner, quand certains de ses formateurs prônent (in)directement le laxisme (en confondant socio-constructivisme et liberté permissive)?

Certains enseignants n'arrivent plus à se faire obéir, à se faire écouter et respecter, même par de jeunes enfants. Ils n'osent plus adopter une position d'autorité, de peur de passer pour autoritaires. Beaucoup doutent également d'eux-mêmes, de la justesse et de la légitimité de leurs interventions, de leur rôle. Ils hésitent devant les nouvelles tâches à accomplir, en particulier celle d'éducation qu'ils doivent de plus en plus assumer et qu'ils disent ne pas avoir choisie. Ils ne se sentent pas légitimés à poser un cadre et à le faire respecter. Ils ont perdu leurs repères et leurs convictions en ne se faisant plus confiance. Cette crise les affaiblit et parfois même les paralyse dans leur action et leur engagement. Subissant les pressions des élèves, des parents et parfois même de la hiérarchie, ils sont en proie au doute et à diverses peurs qui les empêchent de manifester la détermination nécessaire quand il s'agit de faire face aux situations difficiles qui se présentent.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Certains enseignants ressentent la sanction comme un bricolage tentant de rattraper un échec éducatif.

Un grand nombre d'enseignants disent qu'ils hésitent à sanctionner, car ils pensent que la sanction est un échec dans la relation éducative. Ils se sentent également culpabilisés de sanctionner car ils ont peur de passer pour autoritaires et de ne plus être appréciés par les élèves. Ou bien alors, ils ne savent pas comment sanctionner et leurs interventions pour faire cesser les comportements indésirables s'exercent essentiellement sur un mode punitif. Le fait d'être dans le registre de la punition plutôt que dans celui de la sanction ne produit pas le résultat escompté et achève de les persuader que les punitions sont inefficaces.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Ces enseignants ont alors peur de tomber dans l'autoritarisme ou bien rêvent d'une éducation sans sanction.

Le plus bête des chiens sent bien quand le facteur a peur ou non. Comment instaurer l'autorité avec des élèves qui ont de moins en moins peur des adultes, et qui ont développé un flair infaillible pour détecter les adultes fragiles?

Pour faire preuve de détermination et de courage quand il s'agit de reposer des règles et de sanctionner, ils doivent également disposer d'une assise de confiance et d'une force de conviction qui ne peut provenir que d'un réel travail sur soi.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Se remettre en question et changer est plus facile pour un enseignant lorsqu'il est entouré de bons exemples. Comment prendre exemple lorsqu'on est seul dans sa classe la plupart du temps et que l'équipe éducative est tout sauf une équipe?

Quand je pose la question à de nouveaux enseignants: "A quoi voyez-vous que vous avez de l'autorité?", voici la réponse la plus fréquente: "C'est lorsque je dis aux élèves de se taire et qu'ils se taisent!". Je poursuis alors en rajoutant: "Et s'ils ne se taisent pas?"; "Alors là, on est mal!", répondent-ils.
Il s'ensuit alors un exposé de ma part visant à montrer que dans cette conception de l'autorité, on fait dépendre son bien-être des réactions d'autrui: autrement dit, on accepte d'être l'objet d'autrui, on se remet entre ses mains.

Cessons de démotiver les élèves - 18 clés pour favoriser l'apprentissage – Daniel Favre – 2010

Autrement dit, lorsque l'élève n'est pas motivé, et que c'est l'enseignant qui est demandeur (de leur assiduité), alors l'élève tient l'enseignant par les c....... Au contraire, si l'élève pouvait redevenir responsable (pilote) et demandeur, alors l'enseignant aurait beaucoup moins besoin d'autorité pour maintenir l'ordre.

Notre société est également gagnée par le judiciarisation. Giflez un enfant, vous irez au cachot! De là parents et enfants sont devenus ces consommateurs de plus en plus suceptibles. Vous n'avez pas le droit! criera un élève à son maître. Je vous attaquerai en justice menace un parent, suite à une mauvaise note.

L'autorité statutaire et fonctionnelle des enseignants est fragilisée. Elle n'apparaît plus "naturelle", au sens où le statut social du professeur suffisait à garantir l'obéissance des élèves. Elle ne peut plus se fonder exclusivement sur le savoir transmis. Ses formes autoritaristes sont dénoncées jusque devant la justice. A l'inverse, une tendance au refus d'exercer l'autorité est observée.

Autorité éducative dans la classe - Douze situations pour apprendre à l'exercer – Bruno Robbes – 2010

Dans le bon vieux temps, l'enseignant pouvait encore exercer une pression basée sur le savoir. Mais Internet est sur ce point, un rude concurrent.

L'autorité du savoir transmis par l'enseignant est ébranlée. Par conséquent, son autorité statutaire ne peut plus se fonder exclusivement sur lui, ce qui provoque une mutation profonde de l'exercice du métier et conduit à se demander sur quoi l'enseignant peut aujourd'hui fonder son autorité statutaire.