1. Autorité e. Laxisme nuisible

e. Laxisme nuisible

bons exemples
RESUME

Le laxisme influence négativement le caractère de l'enfant. Plus on est laxiste, moins l'enfant supporte la frustration et la rigueur. Il plonge dans le pulsionnel et a beaucoup de mal à réfléchir. L'enfant devient insatisfait, il veut toujours plus et ne profite plus de ce qu'il a déjà. Le laxisme rend l'enfant profondément insécurisé, donc malheureux (même s'il a ses plaisirs immédiats), ce qui l'amène souvent à être méchant et injuste.

Le laxisme empêche l'enfant d'être prêt à fournir des efforts, ce inclus des efforts scolaires (d'où une propension de certains pédagogues à tenter des apprentissages sans efforts). Si beaucoup d'élèves non éduqués "passent" le passage de l'école primaire, ils ne passeront certainement pas celui de l'adolescence, en tout cas pas dans le bonheur scolaire. Le laxisme a également des conséquences sur la démotivation du corps enseignant et sur l'apprentissage des condisciples.

Il faut aussi noter un effet d'entrainement, de contamination. Lorsque les comportements que l'on veut proscrire ne sont pas sanctionnés, même les élèves "éduqués" s'y engouffrent.



ARTICLE

Je m'attacherai ensuite à la nécessité de rompre avec le laxisme qui règne dans les classes, et dont l'effet le plus visible est le dérèglement général générateur de violence. Il faut sonner la fin de la récréation.

A bonne école... – Jean-Paul Brighelli – 2006

Effet sur la personnalité

Savez-vous quel est le plus sûr moyen de rendre votre enfant misérable ? c'est de l'accoutumer à tout obtenir ; car ses désirs croissant incessamment par la facilité de les satisfaire, tôt ou tard l'impuissance vous forcera malgré vous d'en venir au refus ; et ce refus inaccoutumé lui donnera plus de tourment que la privation même de ce qu'il désire.

Emile ou de l'éducation – Jean-Jacques Rousseau – 1762

Après avoir reçu des honneurs, de l'or et des esclaves, que peut encore exiger un prince? Que l'on arrête la course du soleil? Il va toujours arriver un moment où il faudra admettre, au bout de la surenchère, que non, vous ne pouvez pas donner ou faire ceci ou cela. A ce moment, le prince est très malheureux. Et pourtant, il a tout ce qui est possible. Justement, comme il a tout, il ne désire plus rien de possible.

A force de satisfaire des désirs qui ne sont pas des besoins, on ne fait que fragiliser l’enfant.

Ainsi l'on s'épuise sans arriver au terme ; et plus nous gagnons sur la jouissance, plus le bonheur s'éloigne de nous. [...] car la misère ne consiste pas dans la privation des choses, mais dans le besoin qui s'en fait sentir. [...] Les riches, les grands, les rois sont tous les enfants qui, voyant qu'on s'empresse à soulager leur misère tirent de cela même une vanité puérile, et sont tout fiers des soins qu'on ne leur rendrait pas s'ils étaient hommes faits.

Emile ou de l'éducation – Jean-Jacques Rousseau – 1762

Une forme moderne de ce "désir" tyrannique est le consumérisme, la vilaine manie qui "assure la croissance" du PIB lorsqu'un gouvernement prie pour que ses habitants n'épargnent pas mais consomment.

N'accordez rien à ses désirs parce qu'il le demande, mais parce qu'il en a besoin.

Emile ou de l'éducation – Jean-Jacques Rousseau – 1762

Outre le fait de rendre malheureux, le laxisme rend méchant et injuste.

Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors, c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.

Ne pas être laxiste, c'est frustrer l'enfant d'un plaisir immédiat. En échange de quoi?

"On abandonne un plaisir immédiat aux conséquences peu sûres, mais ce n'est que pour gagner, sur cette nouvelle voie, un plaisir plus tardif, assuré."

Cette précision donnée par Freud mérite d'être soulignée, car elle met définitivement à mal toute idée d'une éducation-répression qui amputerait l'enfant de ses capacités de plaisir.

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Aider l'enfant à se construire – Aider l'enfant à se construire – 2006

Freud n'aurait pas été d'accord avec les idéologues qui clament, ces trois dernières décennies, que frustrer un enfant est autoritaro-répressiste (voir une éducation "de droite réac"), donc mal.

Le non-laxisme, permet l'apprentissage de la patience, d'apprécier le désir (plutôt que la possession immédiate), et rend plus fort, plus autonome à long terme, et donc plus heureux. Mais il passe forcément par une certaine souffrance à court terme (tant pour l'enfant que pour le parent qui impose la frustration).

Effet sur l'instruction

Le laxisme peut être défini comme une attitude "d'anti-éducation".

Déséduquer, désapprendre, placer l'élève au centre de tout enseignement, lui permettre de s'exprimer à son gré, refuser l'autorité, la discipline. Ces nouvelles façons d'enseigner se sont imposées. Sans les résultats escomptés. Leurs promoteurs ne pensaient pas être pris au pied de la lettre.

La débâcle de l'école - Une tragédie incomprise – collectif – 2007, Bertrand Vergely

Donc, le laxisme rend l'enfant "non-éduqué" et alors, tel un sauvageon, il ne peut pas suivre les cours, ni laisser les autres les suivre. Cette causalité apparaît suite à une action de recadrage anti-laxisme (concertée, sur plusieurs semaines) en classe, quand l'attitude de l'enfant change et qu'il se remet alors à apprendre.

Que la défaillance éducative précoce soit une cause importante des problèmes de comportement de certains enfants en classe apparaît à l'évidence quand les enseignants entreprennent de manière déterminée un travail de recadrage éducatif. La preuve en est que, dans un grand nombre de cas, les enfants réagissent très rapidement aux mesures qui sont mises en place et redeviennent des élèves tout à fait "normaux" en quelques semaines.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Supposons qu'un enfant-roi soit tout de même capable d'effectuer un travail scolaire. Quel est son état d'esprit face aux apprentissages?

Acquérir du savoir, ce n’est pas seulement mettre en jeu son intelligence, c’est aussi rencontrer des limites et des règles, se confronter à des insuffisances, accepter d’abandonner ses certitudes. Un enfant qui s’est construit sur la base d’un bas seuil de frustration, de l’absence de repères et de contraintes, du tout, tout de suite et de l’exclusivité de la relation, va opposer une résistance farouche à l’exigence qu’implique l’apprentissage. Ce qu’il développe alors, c’est une véritable phobie du temps de suspension nécessaire à cette démarche qui crée une brèche où s’engouffrent les pulsions de violence et de passage à l’acte.

Le fonctionnement du cerveau dans ce mode "incapable d'apprendre" est expliqué dans l'article sur la motivation.

Au niveau primaire, [...] on peut noter en certains pays (et à nouveau surtout aux USA) les transformations suivantes. Il y a quelques années la tendance dominante, sous l’influence en particulier des vulgarisations de la psychanalyse, était d’éviter surtout toute frustration chez l’enfant en développement, d’où en fait un excès de liberté sans direction aboutissait à des jeux généralisés sans grand résultat éducatif.

Où va l’éducation? – Jean Piaget – 1972

Le laxisme à l'égard des enfants a aussi des conséquences sur le corps enseignant.

Il est inadmissible que des enseignants ne puissent pas enseigner correctement et s'usent nerveusement à simplement faire leur métier. Il est également inacceptable qu'un petit nombre d'élèves - qui bavardent sans arrêt, perturbent, provoquent - empêchent ceux qui veulent travailler - et c'est également une majorité - de le faire dans le calme et en toute sécurité.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Cela peut sembler aller de soi pour certains. Il faut être conscient que d'autres hésitent à sanctionner, ou ne travaillent pas de concert pour faire régner un climat de travail.

Outre la pénibilité de l'usure nerveuse, les enseignants sont face à une certaine lassitude. Lorsqu'un sculpteur travaille sur du matériau de faible qualité, est-il motivé pour faire un chef-d'oeuvre?

Je découvris des ados toxicos de tout, dans le hors-soi perpétuel. Avec eux, je parcourus l’Empire du Mou, peuplé d’enfants séniles qui ne savaient ni chanter, ni écrire, ni dessiner, ni regarder, ni écouter, ni parler, ni se taire.
“M’sieur, vous zêtes pas cool!” Le seul adulte qu’ils tolèrent: celui qui coule. Passer plusieurs jours avec ces vieux gosses gâtés comme leurs dents de lait à la nicotine, c’était trop pour moi.

Profs et Cie – Alain Golomb – 2002

Ajoutons à la fatigue nerveuse et à la démotivation, le rétrécicement du temps...

A l'heure actuelle, vis-à-vis des élèves, tout doit être discuté, justifié, légitimé, négocié, aussi bien quand il s'agit des contenus enseignés, des activités d'apprentissage, des règles de l'évaluation, de la discispline, des sanctions, etc. L'indocilité au sein même des classes s'est accrue, exigeant de l'enseignant qu'il mobilise une plus grande partie de son temps, de sa concentration et de son énergie pour sauvegarder l'ordre disciplinaire ... au détriment ... des activités d'apprentissage.

La mutation de l'école secondaire - Questions de sens - Propositions d’action – Francis Tilman, Dominique Grootaers, Barbara Dufour – 2011

Pour toutes ces raisons, le laxisme nuit gravement aux apprentissages, et donc à la finalité de l'école, tant sur le plan des savoirs que du savoir être.

Ces "incivilités" n'en portent pas moins, dans leur répétition quotitienne, les germes d'une dégradation inquiétante: en faisant de l'enseignement dans certaines classes un calvaire, elles détruisent, avant tout, la possibilité pour quiconque d'y apprendre quoi que ce soit. Et ce n'est évidemment pas acceptable pour tous ceux qui sont attachés au sens de leur métier. Pis, quand aucune réponse n'est donnée, c'est un signal très clair qui est envoyé aux élèves: il n'est pas grave de faire n'importe quoi, d'insulter un professeur, de refuser de quitter un cours ou de pratiquer l'école "à la carte". Ces actes, leur laisse-t-on entendre, sont sans conséquences.
Leçon de vie?

Demain les Profs – Bruno Descroix – 2004

Effet d'entraînement

Nous avons vu que le laxisme nuit à la personnalité de l'enfant, ainsi qu'à ses apprentissages. Il faut également tenir compte d'un facteur de groupe. L'enfant laissé dans le laxisme, pollue son entourage. C'est comme laisser un enfant fumer dans une école, à la vue de tous, sans qu'il soit inquiété. Les fumeurs ne peuvent alors que pousser comme des champignons.

La théorie dite "de la vitre brisée" dont la logique très simple veut que "si une vitre dans un immeuble n'est pas réparée, le reste des vitres sera rapidement cassé".
Dans mon lycée, il s'agissait de nettoyer dans la journée tout tag réalisé par un élève. Et lorsqu'il passe quelques heures à nettoyer le tag qu'il a dessiné, un élève découvre aussi qu'un agent est chargé de réaliser ce travail. Ajouté au fait que la mesure de réparation paraisse juste, cette rencontre conduit en général l'élève à ne pas recommencer.

Demain les Profs – Bruno Descroix – 2004

Au sujet d'un élève majeur qui avait de bonnes raisons d'arriver en retard:

Mon erreur de débutant a été de ne rien faire. [...] Voyant cette absence de réaction de la part de leur professeur principal, les autres élèves de cette classe (la terminale de redoublants) se sont bien entendu dit "pourquoi pas moi?".

Demain les Profs – Bruno Descroix – 2004