1. Autorité j. Recadrage

j. Recadrage

RESUME

Face aux comportements difficiles de leurs élèves, beaucoup d'enseignants se résignent à la fatalité, puisqu'ils ne peuvent obliger les parents à changer leurs mauvaises habitudes éducatives.

Or, un recadrage à l'école est possible, comme le montre de nombreuses expériences réussies. Ce recadrage est plus facile en maternelle et primaire qu'au secondaire. Tout d'abord, parce que le cerveau du jeune enfant est "moins câblé" que celui de l'adolescent qui est parfois lui-même en phase d'opposition. Ensuite, parce que la multiplicité des enseignants auquel l'élève du secondaire fait face, réduit la cohérence et accumule les risques d'échec du recadrage.

Un recadrage de classe ou d'école dure généralement entre deux et trois mois. Il nécessite une forte mobilisation de l'équipe enseignante, un soutien indéfectible de la direction, ainsi que les conseils d'un spécialiste extérieur.



ARTICLE

Fatalité

La cause d'un comportement difficile est souvent une mauvaise éducation familiale ou une pathologie individuelle. Cela induit beaucoup d'enseignant dans un sentiment démobilisant d'impuissance puisque les causes sont extérieures à l'école. De là on qualifie/justifie le comportement de ces élèves à l'école comme "normaux". C'est ignorer que l'école doit pouvoir rectifier/compenser dans la plupart des cas.

Il est, bien entendu, des enfants génétiquement plus turbulants, plus agressifs. C'est d'ailleurs visible au sein d'une même fratrie avec les mêmes parents, et des éducations très similaires. Cette prédisposition génétique n'influe que partiellement le caractère de l'enfant. C'est à dire qu'à moins d'un grave handicap, il n'y a pas de fatalité, et qu'un enfant est recadrable. On peut encore partiellement modifier sa personnalité.

La discipline nous fait passer de l'état d'animal à celui d'homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu'il peut être; une raison étrangère a pris d'avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l'homme a besoin de sa propre raison. Il n'a pas d'instinct, et il faut qu'il se fasse lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n'en est pas immédiatement capable, et qu'il arrive dans le monde à l'état sauvage, il a besoin du secours des autres.

Traité de pédagogie – Emmanuel Kant – 1886

Autrement dit, nous devons développer nos lobes frontaux en apprenant les bons comportements (tels que "comment retirer du plaisir à collaborer avec le corps enseignant et mes camarades pour progresser").

Plus il est proche de l'age adulte, plus le cerveau est câblé et plus ce processus est lourd et incertain.

J'estime qu'il faut en particulier réagir dans les classes maternelles et primaires car c'est une action relativement facile à mener et qui constitue la meilleure prévention pour éviter une dégradation plus importante des situations au degré du secondaire.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Si on ne connaissait pas le sérieux et la réputation de l'auteur, l'extrait qui suit pourrait paraître sorti d'une fiction illusoire.
Il semble qu'il ait été démontré au siècle dernier que le scénario suivant soit possible avec des enfants favorisés comme défavorisés:

L'école devient une véritable communauté où les élèves collaborent et s'entraident. [...] La méthode Decroly fait surtout construire et produire, non absorber et apprendre. [...] Les enfants organisent eux-mêmes la discipline de la classe. Ils pénètrent seuls, sans surveillance, dans le bâtiment d'école; ils se déshabillent rapidement, rentrent en classe et se mettent au travail sans bruit. L'un deux se met-il à parler, aussitôt les autres interviennent pour lui imposer le silence et le bavard obéit. Notre présence se fait-elle attendre, l'un d'eux se charge aussitôt de nous remplacer. Quelquefois plusieurs d'entre eux manifestent le désir d'être professeur; un court colloque désigne le chef et la leçon commence.

La méthode Decroly – Amélie Hamaïde – 1933 & 1966

Dans le monde d'aujourd'hui, une école poubelle peut être transformée en école exemplaire. Ce n'est pas une question de quartier, ou d'enseignants incapables, ou d'argent. Il faut un pouvoir fort et compétant qui organise ce qu'il faut et qui fasse bloc derrière derrière ses enseignants. Comme pour tout changement majeur d'une organisation, la venue temporaire d'un spécialiste externe est probablement indispensable.

Ne pas laisser filer

Il ressort de ces différentes études qu’une gestion de la discipline où les règles sont claires et les comportements négatifs sanctionnés, dans laquelle les comportements prosociaux sont soulignés positivement permet de réduire les comportements violents. De même, l’utilisation de méthodes d’enseignement qui minimisent les comparaisons entre élèves pour privilégier la coopération, la solidarité et la réussite de tous contribue à construire un climat communautaire qui contribuera à un mieux-vivre ensemble. On pourrait dire en conclusion que le climat d’un établissement est fait d’un ensemble de petites choses qui font la différence.

Dans ce paragraphe plein de bon sens, il est important de ne pas confondre "réussite de tous" et nivellement par le bas. Dans un autre article, nous voyons que la discipline est facilitée par une haute exigence scolaire (en rapport avec les capacités de chaque enfant).

Les mesures prises avec détermination par des enseignants montrent que la majorité des enfants qui manifestent des comportements difficiles à l'école ont manqué de cadre éducatif au sein de la famille.
Les enseignants ne sont pas des thérapeutes mais ils ont par contre tout à fait les compétences requises pour établir un cadre de travail sécurisant et stimulant pour les élèves qui se signalent par des comportements difficiles. Parfois, ils peuvent même jouer le rôle de "tuteur de résilience" pour ces enfants. Si certains perturbent, il faut donc chercher d'abord dans le cadre de la classe des solutions aux difficultés qu'ils posent. Il est pour cela nécessaire de prendre des mesures énergiques et surtout plus rapides que ce n'est habituellement le cas.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Actions de recadrage

Lorsque la situation a déjà dégénéré, il vaut mieux ne plus tenter de la redresser seul. Une action de recadrage doit s'organiser avec toute l'équipe éducative dans les plus brefs délais.

Selon mon expérience, si une équipe d'enseignants, convaincue et déterminée, décide de rétablir un cadre de travail dans une classe qui dysfonctionne, elle y arrive très souvent à le faire en deux à trois mois. [...] La réussite est avant tout une question de conviction, de détermination et finalement de courage à s'affirmer et à s'imposer devant les élèves.

Gestion de classes et d'élèves difficiles – Jean-Claude Richoz – 2009

Décrites ainsi, les conditions semblent simples. Mais il s'agit tout de même de changer la mentalité d'une équipe d'enseignant souvent nombreuse.

Plusieurs interventions réussies se caractérisent en tout cas par un accompagnement sur le long terme de groupes d’enseignants dans le choix, l’élaboration, la mise en oeuvre et la régulation d’actions de prévention.

Benoît Galand

Qu'est-ce qui fait généralement rater un recadrage?

Gestion de classes et d'élèves difficiles nous indique que lorsqu'un recadrage de classe échoue, c'est en général du à une combinaison des causes suivantes:

  • Le fait que des élève sont des adolescents en phase d'oposition (c'est plus facile en primaire);
  • L'incapacité des enseignants à rétablir la relation affective;
  • L'absence d'un système de sanctions vraiment efficace et dissuasif;
  • Le fait que les enseignants punissent au lieu de sanctionner les élèves;
  • Le manque de détermination des enseignants à tenir bon quelques semaines;
  • Le manque de collaboration et de coordination entre les enseignants et la direction;
  • La multiplicité des intervenants;
  • Le fait d'avoir trop tardé à réagir quand les choses commençaient à déraper;
  • La présence d'élèves très gravement perturbateurs ou en totale rupture scolaire;
  • La très grande démotivation de quelques classes en fin de scolarité;
  • La fatigue et l'usure des enseignants.

On remarquera qu'une large équipe spécialisée/émiettée est beaucoup plus vulnérable face à l'indiscipline qu'une petite équipe polyvalente.